Secteur Public : Privatisation, Rentabilisation, Répression
Le rapport de forces entre les classes issu de la Seconde Guerre mondiale a débouché sur un compromis avec les représentants attitrés de la classe ouvrière (PCF et CGT), les compensations légitimant leur acceptation du maintien du système en place. Les nationalisations de pans entiers de l’économie et le développement d’un secteur public, conçus comme les éléments centraux de la reconstruction du pays, se situaient au premier rang de ces concessions.
Dans le même temps, dans ces secteurs, des moyens importants étaient concédés aux organisations syndicales. C’est ainsi que Renault ou EDF-GDF sont apparus comme des vitrines des conquêtes sociales octroyées dans le cadre des Trente Glorieuses. Cependant, Mai 68 et la grande trouille des défenseurs du système, ont ouvert la voie aux trente calamiteuses : prémices de crise économique et volonté patronale et gouvernementale de transformer radicalement l’organisation de la production et de s’attaquer frontalement aux acquis de la classe ouvrière.
Passé l’intermède des nationalisations de l’après-Mai 81 (souvent inscrites dans la logique de nationalisation des pertes et de gestion des « sureffectifs » et de privatisation des bénéfices après rationalisation), gouvernements de gauche et de droite mettent en œuvre avec constance une politique de généralisation des privatisations. Celle-ci frappe tous les secteurs, y compris ceux historiquement placés entre les mains de l’État (transports, énergie, courrier) ou ceux dont on pouvait (naïvement ?) penser qu’ils échapperaient à la logique du fric et du profit (prisons, éducation nationale, santé).
Pour les agents devenant des salariés alors que les usagers se transformaient en clients, les privatisations ont eu pour conséquences à la fois la perte du sens du travail et la réduction drastique des moyens tant humains que matériels, ajoutant à la désespérance des personnels. Ces attaques, qui débouchent parfois sur un retournement de la violence contre soi-même – comme l’ont montré les suicides chez France Télécom – suscitent aussi ripostes et mobilisations également marquées par la violence des rapports de classes. Séquestrations, coupures d’électricité en même temps que rétablissement du courant pour les usagers pauvres, actes de désobéissance allant du refus de remplir des fichiers à celui de couper des arbres : la colère des salariés répond à la violence des décisions de gestionnaires aux yeux rivés sur les courbes de bénéfices et de décroissance des effectifs.
Ce sont bien ces résistances que gouvernement et patrons de choc tentent de briser par la multiplication des agressions, des sanctions, des licenciements. Le mouvement syndical majoritaire dans ces secteurs s’étant souvent embourbé dans le dialogue social, le réveil est parfois douloureux et les salariés doivent retrouver la voie des batailles collectives pour arrêter la liquidation de la notion même de service public et la dégradation de leurs conditions de travail.
L e 27 juin 2011, la procureure de Nanterre demande de cinq à dix ans de prison contre Olivier Besancenot et quatorze autres postiers pour une prétendue « séquestration ». Risquer dix ans de prison pour faits de grève : comment en est-on arrivé là ?
C’est en 2005 que la direction de La Poste entame son tournant répressif. Lors de la grève des postiers du centre de tri contre un plan de suppression de 40 emplois et la fermeture programmée du site, la direction fait intervenir le GIPN (!) et entame une série de poursuites disciplinaires et pénales. Au bout du feuilleton judiciaire de six ans, les postiers concernés écopent au tribunal de grande instance de peines moins sévères qu’au départ, mais l’équipe syndicale qui avait menée l’action est sérieusement affaiblie par les sanctions disciplinaires qui ont pu s’appliquer entre-temps. L’acharnement de la direction de La Poste ne peut s’expliquer que parce qu’elle avait dès cette époque un objectif en tête : démanteler les équipes syndicales combatives.
Depuis 2007, le nombre de poursuites disciplinaires se multiplie dans toute la France : à Rodez, Annecy, Paris, Bobigny, Tours... Tous les métiers sont touchés : distribution, centres de tri, colis, mais aussi guichets et même les commerciaux. Les collègues poursuivis refusent les réorganisations, les suppressions d’emplois ou leurs conséquences (plusieurs facteurs sont poursuivis parce qu’ils refusent de distribuer le courrier au-delà de leurs horaires de travail). Ce sont de plus en plus des représentants syndicaux départementaux qui sont visés comme Olivier Rosay de SUD Poste 75 (dix-huit mois de suspension en décembre 2010) ou Gaël Quirante, Bertrand Lucas et Yann Le Merrer de SUD Poste 92.
Les formes de lutte que La Poste criminalise de plus en plus sont les prises de parole et les AG. La Poste ne supporte plus les AG car elles sont l’un des moyens fondamentaux de regrouper le personnel et de lui faire prendre confiance dans sa force. Elle cherche à limiter l’activité syndicale aux seules formes qui ne permettent pas aux salariés de s’opposer aux plans de la direction.
Le procès pour « séquestration » des quinze postiers du 92 est emblématique. Malgré les multiples commissions disciplinaires, les recours à l’inspection du travail, au ministre du Travail... la direction de La Poste a jusqu’à maintenant échoué à neutraliser l’équipe syndicale particulièrement combative de SUD Poste 92. Au fil des conflits parfois longs mais parfois aussi victorieux (comme au début de ce mois à Courbevoie, Neuilly et Asnières), une tradition de lutte s’est forgée dans ce département : les postiers ont pris l’habitude de se battre dans plusieurs bureaux à la fois. Après la grève de 66 jours du printemps 2010, la direction a donc monté de toutes pièces un dossier qui a abouti au procès en correctionnelle du 20 au 27 juin. La procédure est expéditive (pas d’enquête !) et le procès est clairement politique. Il s’agit à la fois de faire place nette à l’accélération du processus de réorganisations « à la France Télécom » dans la plus grosse entreprise de France pour la transformer en machine à profits, mais aussi d’intimider les jeunes et les travailleurs en leur montrant que même Olivier Besancenot et ses amis ne sont pas à l’abri. Nos adversaires font de ce procès une question politique, faisons de même : par l’écho qu’il rencontre, ce procès peut donner l’occasion de regrouper toutes les victimes de répression à La Poste comme ailleurs.
Rassemblement à 8 h 30, le 5 septembre, devant le tribunal de Nanterre (RER Nanterre-Préfecture).
